Une tente berbère plantée au milieu des hauts murs industriels de la Friche La Belle de mai à Marseille. L’illusion est difficile en ce début d’après-midi, samedi 28 juin, dans l’ancienne usine Seita, devenue lieu d’accueil culturel. Sous un soleil de plomb, sans la magie de la nuit qui l’enveloppera plus tard, le Village africain du festival Africa Fête, encore vide de public, est une enfilade de petits stands associatifs surplombés par les rails de la gare Saint-Charles, éclairé par les belles photos géantes d’Olivia Moura et Fabien Gruau, fenêtres sur l’horizon du continent noir.
Un livre de condoléances pour Aimé Césaire trône à l’entrée de l’allée principale. Le vendredi 27 juin, pendant le concert d’ouverture du festival, le livre s’est rempli de messages respectueux à destination du “plus grand des Nègres”.
L’ombre d’un autre grand homme plane plus fortement sur le festival : le Sénégalais Mamadou Konté, ambassadeur mondial des musiques africaines, créateur d’Africa Fête il y a trente ans à Paris, disparu à Dakar en juin 2007. Pour marquer le “premier anniversaire de son départ”, un plateau radio réunit d’anciens militants de Révolution Afrique, mouvement né dans les foyers de travailleurs immigrés à la fin des années 1960, dont Konté était l’un des fondateurs.
“Les vieux de la vieille”, commente Cécile Rata, organisatrice du festival, qui boit les paroles de ces sexagénaires racontant “leur” Mamadou. Gilles de Staal, ancien grand reporter, évoque le livre de souvenirs (Mamadou m’a dit, éd. Syllepse) qu’il vient d’écrire pour “transmettre à toute cette jeune génération l’histoire des luttes” : “Ça m’importait que cela serve. Je veux, à une époque où la régression politique est terrible dans certains pays africains, qu’on comprenne ce que l’on avait conquis.”
Refus de visas
Pour sa 4e édition à Marseille, Africa Fête a réuni un gros millier de spectateurs les 27 et 28 juin. Le festival a une nouvelle fois dû bousculer son programme à la suite d’un refus de visas par la France : les rappeurs camerounais de Negrissim’, coincés à Yaoundé, ont été remplacés par Africa Freedom, du Guinéen Seykou Kouyaté.
La grande réussite - outre le concert reggae roots, samedi, du Parisien installé à Bamako, Manjul - reste l’ouverture d’une voie vers l’Amérique latine. Soit une collaboration entre Imhotep, l’architecte musical d’IAM, l’autre Marseillais DJ Rebel, le rappeur sénégalais Duggy Tee et les Brésiliens Mister Catra et DJ Sandrinho, apôtres du baile funk. Un échange que Duggy Tee a baptisé “concept triangulaire”, pied de nez au “commerce triangulaire” des années de traite. En cinq jours, ces artistes ont trouvé un terrain commun : “Nous évoluons dans des univers parallèles qui s’appuient sur des réalités musicales et extramusicales similaires”, commente Imhotep.
Résultat : vingt minutes d’un hip-hop de brassage survitaminé qui présage une suite alléchante à Dakar, en décembre, pour la version sénégalaise du festival, puis au Brésil en 2009. Imhotep reconnaît avoir “pris une claque” en découvrant le baile funk, “synthèse entre la culture électronique et les rythmes brésiliens, qui ferait danser même les morts”.